Jolis jolis monstres de Julien Dufresne-Lamy

James est un monstre, mais un très joli monstre. Quand la nuit tombe, il change de peau et devient Lady Prudence, une magnifique drag-queen qui fait le show dans plusieurs clubs avant de débarquer à New-York où elle intègre la Maison Xtravaganza. Car, quand on est un homosexuel qui se travesti dans les années 80, il vaut mieux s’entourer des siens pour se protéger d’un monde qui ne vous trouve pas à la hauteur.

Grâce à ses frères et soeurs Xtravaganza, elle va découvrir la scène queer des eighties : les costumes, les bals, le voguing, ou encore le shame, l’art sacré de l’insulte.

Mais avant d’entrer dans une Maison, il faut d’abord remporter un prix à un bal !  Le concept est simple : il faut défiler dans une catégorie tandis qu’un jury évalue la tenue, les compétences en voguing (une danse qui va inspirer Madonna pour  son single « Vogue ») mais surtout l’A.T.T.I.T.U.D.E. Car être une drag-queen, c’est bien plus que porter des vêtements de femme. Lady Prudence se fait vite adopter par Angie Xtravaganza, la mère de Maison, mais aussi par les légendaires Pepper LaBeija, Willi Ninja, Paris Duprée, Octavia Saint Laurent, Dorian Carey et la belle Venus Xtravaganza. Dans les soirées new-yorkaises, elle croisera David Bowie, Keith Harring, Madonna et tant d’autres artistes qui vont marquer la fin du XXème siècle, mais aussi des personnalités comme Marsha P. Johnson, une activiste trans qui initiera le militantisme LGBT aux États-Unis après les émeutes de Stonewall.

Tout ça, elle le racontera des années plus tard à Victor, un père de famille rencontrer dans un bar.  Malgré la violence et la pauvreté omniprésentes, le portrait dressé par Lady est presque idyllique. Et puis ça vous tombe dessus. Vous vous en doutiez pourtant, vous connaissez l’histoire. Mais quand le sida fait son apparition à New-York au début des années 80, vous retenez votre souffle. Pour Lady Prudence et la bande, une maladie au nom si court ne peut pas être si grave. Et pourtant ces quatre lettres vont détruire l’univers de Lady. Autour d’elle les amis tombent comme des mouches et désormais on se méfie des homosexuels qui semblent être la cible privilégiée de ce nouveau fléau.

Depuis les chorégraphies chez Sally, tu les comptes, tous ces êtres partis sous la grêle. Tu les écris en toutes lettres dans ton album de mort. Quatre cent cinquante-cinq monstres. Quatre cent cinquante-cinq sourires. Neuf cent dix lèvres, oreilles, poumons. Quatre mille cinq cent cinquante doigts. Et en illusions perdues, ça fait combien ?

Dans Jolis jolis monstres, c’est le récit qui vous prend au cœur, mais il est aussi soutenu par la belle plume de son auteur. Les mots claquent comme les talons de Lady Prudence sur la scène des cabarets. On ne se lasse pas de cette écriture cinglante, de ces réparties imagées, de cette esprit de liberté qui imprègne les pages de ce roman. Je découvre Julien Dufresne-Lamy pour la première fois avec ce texte, et je suis profondément séduite.

Jolis jolis monstres est un magnifique hommage à la culture queer et une lecture obligatoire pour tous ceux qui ne comprennent pas l’univers des drags, les cantonnant à des vieux clichés. Un conseil : poursuivez votre lecture avec le documentaire Paris is burning dont l’auteur s’est largement inspiré, un bijou où vous pourrez enfin rencontrer en chair et en os tous ces personnages emblématique qui vous auront émus aux larmes.

Julien Dufresne-Lamy, Jolis jolis monstres, Editions Belfond, 2019.

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