Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

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Violette est gardienne de cimetière. C’est un drôle de métier, mais elle le vit avec passion : elle accueille les familles endeuillées, entretient les tombes peu visitées, cultive des fleurs pour les distraits qui auraient oublié d’en acheter et va même jusqu’à tenir un registre de tous les enterrements pour pouvoir les raconter à ceux qui n’auraient pas pu y assister. Alors, malgré l’apparente austérité de sa vie dans ce petit cimetière, Violette symbolise cet invincible été qui fleurit, même au milieu de l’hiver.

Ce personnage est si solaire que tous les visiteurs de ce lieu de recueillement ne peuvent s’empêcher de passer par sa loge pour échanger quelques mots. Violette sait écouter, elle a souvent le mot juste, et quand vous n’avez pas envie de parler, elle sait aussi se contenter d’un silence complice autour d’une tasse de thé, ou quelque chose de plus fort. Au fur et à mesure des années, Violette en a entendu des histoires, on n’imagine pas ce qui se joue parfois comme drames et comme joies dans les cimetières. Et notre héroïne est aux premières loges.

En parallèle, l’autrice nous en apprend plus sur son passé : sa naissance sous X, ses errances en familles d’accueil, sa rencontre avec Philippe Toussaint, sa vie de femme mariée avec le plus grand coureur de jupon de la région, jusqu’au jour où il enfourche sa moto pour l’une de ses balades quotidiennes et décide de ne pas rentrer à la maison. Doucement, le personnage s’enrichit et le lecteur commence à entrevoir la vraie raison de sa présence dans ce lieu inattendu. Et puis un jour, un homme venu enterrer sa mère dans des circonstances étonnantes la forcera à bousculer ce passé douloureux et à, enfin, aller de l’avant.

– Alors, mon père, comment c’était ?

– C’était un enterrement, madame la comtesse.

– Ses enfants lui ont mis de la musique ?

– Non.

– Oh les cons, Odette adorait Julio Iglesias.

– Comment le savez-vous ?

– Une femme sait tout de sa rivale. Ses habitudes, son parfum, ses goûts. Quand un amant débarque chez sa maîtresse, il doit se sentir en vacances, pas à la baraque.

– Tout cela n’est pas très catholique, madame la comtesse.

– Mon père, il faut bien que les gens pèchent, sinon votre confessionnal serait vide. Le péché c’est votre fonds de commerce. Si les gens n’avaient plus rien à se reprocher, il n’y aurait personne sur les bancs de votre église.

La force de ce roman, c’est de rendre extraordinaires des vies ordinaires et de montrer aussi qu’il y a souvent un peu de bon et de mauvais dans chaque être humain. L’important est de trouver son propre équilibre et son épanouissement personnel.

Pourtant, je finis ce roman avec l’impression qu’il aurait pu faire 200 pages de moins. J’ai le sentiment d’avoir manqué mon rendez-vous avec la lumineuse Violette, moi qui aurait pourtant adoré prendre une tasse de café dans sa cuisine, à l’entrée du cimetière. Je suis entièrement convaincue par cette héroïne, mais beaucoup moins par la plupart des personnages masculins, ainsi que par la construction du récit : les allers-retours incessants entre son passé, son présent et les multiples sous-histoires qui entourent le cimetière. Dommage.

Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs, Le Livre de Poche, 2019.

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