Écorces vives d’Alexandre Lenot

« Il doit être vraiment bon », c’est ce que je me suis dit quand j’ai appris que le Prix Première avait été décerné pour la toute première fois à un polar. Avec ses plus de dix années d’existence, ce prix ne s’était jamais intéressé qu’à la littérature blanche. Ce premier roman d’Alexandre Lenot valait donc la peine qu’on s’y intéresse.

Et pour cause, Écorces vives est composé d’une surprenante galerie de destins croisés : une veuve qui cherche des réponses, une jeune citadine qui semble fuir quelque chose, un pyromane au cœur brisé, des orphelins pour qui la vie continue, un enquêteur boiteux fuyant la ville… Leur point commun ? Ce sont des étrangers.

Et quand on n’est pas né dans le nord du Cantal, on n’y est jamais vraiment le bienvenu. Il y a ceux qui restent car ils ne peuvent pas partir, et ceux qui n’ont jamais connu autre chose que ce pays isolé qui dépérit peu à peu. Il ne faudra du coup qu’une petite étincelle, l’incendie d’une vieille ferme cachée dans les bois, pour mettre le feu aux poudres et réveiller les vieux préjugés bien ancrés dans cette région que le reste de la France semble avoir oubliée.

« Ce que Louise ne peut pas savoir, c’est que chaque jour la gendarmerie sépare des ivrognes prêts à se faire saigner juste pour sentir quelque chose d’inhabituel. Qu’entre les ouvriers de l’usine de pneus et les employés de l’abattoir, c’est la guerre. Une guerre sans autre motif que de vieilles rancoeurs qui sont le seul sel qu’on servira à nos tables. Une guerre qui se joue dans les rares bals et dans les fins de soirée, quand l’alcool nous assomme. Une guerre qui nous permet d’ignorer l’odeur de nos vies. » 

Avec ce premier roman, Alexandre Lenot se présente déjà comme un auteur à suivre de très près. Mais je préviens : amateurs de suspense et de rebondissements, passez votre chemin ! Dans ce roman, la tension monte petit à petit tandis que la peur s’installe et ne vous lâchent plus jusqu’au dénouement. L’émotion est juste, soutenue par une écriture poétique et maîtrisée. Tout comme Franck Bouysse dont j’ai déjà chroniqué Grossier le ciel, Alexandre Lenot flirt entre thriller rural et roman noir en jouant délicieusement avec la langue.

Alexandre Lenot, Ecorces vives, Actes Sud, 2018.

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